
Requiem Du Chaos
En 2040, le monde s’est effondré. Les cités-dômes abritent les privilégiés, tandis que les exclus survivent dans les ruines d’une civilisation en déclin. Dans ce chaos orchestré par une oligarchie invisible, cinq rebelles résistent : Konica, photographe hanté par un père disparu ; MG, éducatrice prête à tout pour les oubliés ; Mamie, gardienne d’un refuge où l’humanité perdure ; Pierre, philosophe aristocrate aux livres précieux ; et Yellel, justicier des enfants sacrifiés. Ensemble, les Cinq Piliers s’opposent à un monde où les machines régissent la vie humaine. Sous les yeux des Silènes, témoins mythologiques de la chute, ils écrivent leur requiem. Entre complots, rédemption et rébellion, leur combat pourrait redonner un sens à l’humanité… ou sceller son destin. Requiem du chaos est une ode aux rêveurs et aux marginaux, ceux qui croient que le désordre peut engendrer la lumière. Une plongée vertigineuse dans un futur trop proche, où chaque page résonne comme un coup de poing poétique.
À tous les lents, les bordéliques, les rêveurs, les artistes…
À tous ceux qui se sentent différents, à tous :
La distraction peut être créative
La lenteur être une sagesse
Le désordre, une preuve d’ambition
L’incohérence, une forme de courage
L’idiotie, un remède
Le handicap, un atout
La morale, une maladie

À propos de l'auteur
Steve Wolf, conteur des marges et ancien travailleur social, puise son inspiration dans les failles du monde. Son premier roman, Requiem du chaos, explore la question : et si le salut venait de ceux que le système a rejetés ? Son écriture, brute et poétique, mêle dystopie et humanité, abordant la résistance, l’art comme arme et la quête de sens dans un monde en déclin. Passionné de photographie argentique et de mythologie, il invite le lecteur à se demander : et si la fin n’était qu’un nouveau commencement ?
Détails
Nom de l'auteur : Steve Wolf
Genre littéraire : Dystopie, Prophétie, Philosophie
Nombre de pages : 532
Dimensions : 15,6cm × 23,4cm
AGENDA
- Samedi 25 Avril : Rencontres et Dédicaces
Librairie l'Esperluète
10 rue Noël Ballay 28000 Chartres
le 25 avril 2026 de 10h30 à 18h00
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Extrait - Konica
L’enfant sans re-père
L’artiste produit du chaos
Je suis l’histoire d’un coup d’un soir, conçu lors d’une soirée de
beuverie, voici ma genèse. Ma mère rencontre, dans une boîte de nuit, celui
qui ne saura jamais mon père et qui n’a jamais voulu le devenir. Ils sont
tous les deux alcoolisés. Il était beau, il était fort, il était grand, il sentait
bon son légionnaire. Elle était séduisante, ensorcelante, fascinante,
piquante, magnétique. Elle était enivrée, elle voulait baiser, elle baisa
donc…
Ils n’avaient pris aucune précaution, ni capote, ni pilule, emportés par
une pulsion sexuelle débordante.
Elle tomba enceinte, elle lui en fit part ; il fut très clair : « Et alors ! Je
m’en bats les couilles, c’est ton affaire, pas la mienne ». Il avait tiré son
coup. Elle était consentante, elle avait pris son pied ; c’était un plan, rien
d’autre. Basta.
Comme prévu, il ne me reconnut pas.
Elle décide de me garder. Elle sait qu’elle fait « un bébé toute seule » et
elle l’assume. Elle s’occupe bien de moi, matériellement, affectivement ; je
reçois de l’amour.
Si je manque de père : je suis un « sans-père », un sans re-père.
Seulement, voilà, il y a un hic ! Dès l’âge de cinq ans, je réclame « mon
père ». J’en parle même à la maîtresse de l’école maternelle et ma mère est
interpellée par la directrice. Je voyais une psychologue, en vain. À l’école
primaire, cette absence de père devenait obsessionnelle, tournait en boucle
dans ma tête, me bouffait le cerveau. À sept ans, j’étais hyperactif, des
troubles du comportement apparaissaient, ils étaient préoccupants : je ne
tenais pas en place ; j’insultais les adultes, je me battais sans arrêt. Je
refusais toute autorité, je n’acceptais aucun ordre. Sur les conseils de la
thérapeute, ma mère me balança la vérité : « C’est dur à avaler, je sais, mais
tu n’as pas le choix. Tu ne manques de rien et je t’aime. »
Cette confidence, en plein décollage de ma vie, me faucha ; elle grilla
mes synapses. Ce n’était pas entendable pour moi, c’était insupportable.
Alors, à ce moment-là, je hurle à ma mère que c’est une menteuse, que ce
n’est pas la vérité. La vérité, c’est que mon père ne veut pas me voir, car ce
n’est qu’une pute, une salope, une égoïste. Je lui dis que les connards de
mecs avec qui elle traîne me frappent, m’insultent, ne me respectent pas.
Elle n’est qu’une grosse merde de cassos comme eux. Je la traite de tous les
noms.
Cet aveu est un impensable, un insensé ; c’est inconcevable pour moi. C’est
être, au bord du gouffre, poussé dans le vide, être jeté dans un puits sans fond,
être englouti, avalé par les ténèbres. C’est plonger dans le néant, c’est un abîme
pour moi.
C’est, soit la folie, soit le déni. Je choisis le déni pour ne pas me
fracasser, m’échouer sur le rivage du pays des fêlés. L’amour pour ma mère
se métamorphose en haine. Je la hais, oui. Cette phrase « ton père ne veut
pas entendre parler de toi » est insoutenable, je ne peux pas la comprendre,
encore moins l’appréhender. Je ne peux que la vomir pour ne pas devenir
barjot. Ma mère, qui l’a prononcée, est forcément responsable et coupable,
je la condamne alors à perpétuité. Cette révélation ne fait que renforcer ma
colère, ma rancune, mon agressivité, ma violence. J’idéalise ce « non-
père » fictif. Tout le monde a un père : même si le père en question est
maltraitant, alcoolique, malade, même s’il est mort…
Ma mère se tapait la tête contre les murs ; elle n’en pouvait plus. Mais elle
a tenu bon, elle « ne lâcha pas l’affaire », pour reprendre sa verve tonique,
sans filtre. Elle releva admirablement le défi : la guerre que je lui avais
déclarée, elle y fit front courageusement, obstinément comme une acharnée.
Elle se cramponna, pliant sous la tempête, mais ne rompant jamais et
triomphant finalement en guerrière, en amazone admirable. Elle aurait pu
baisser les bras, il y avait de quoi être dépassée par la situation et me placer
dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance, j’étais tellement ingérable. Non,
elle résista, se fit aider, accompagnée par des travailleurs sociaux.
Son enfance elle-même ne fut que blessures, coups, balafres, violence,
sauvagerie. Née d’un père algérien absent, brutal lorsqu’il était présent, elle
avait alors deux ans lorsqu’elle fut débarquée en Algérie. Elle fut élevée à
la dure à la ferme familiale de sa grand-mère paternelle, mais au moins, là,
elle y est protégée des assauts du père. Cette grand-mère est aimante.
Sa mère, originaire de Thionville, est handicapée.
Elle a douze ans lorsque son père décide d’un retour en France. Des
cousins lui trouvent un appartement et un travail de manœuvre dans une
aciérie. C’est comme ça que, brutalement, ma mère se retrouve, à
Thionville, déracinée, dans une ville industrielle, loin de ses chèvres, ses
chevaux, ses montagnes d’Algérie.
Très vite, le père instable abandonne femme et enfants ; il part à Paris
« niquer tout ce qui bouge », dixit ma mère.
Ma mère avait 14 ans et demi, lorsque sa mère (ma grand-mère)
disparaît subitement, l’abandonnant sans un mot, dans un silence perçant
les tympans. Elle jeta l’éponge, cédant devant la tâche que représente
l’éducation d’une jeune adolescente pleine de vie, rebelle, sauvage,
incontrôlable.
Elle se retrouve démunie physiquement, fragile psychiquement, épuisée,
incapable de faire face à la situation. Elle fuit et rejoint un type au Havre.
Ma mère est seule dans le petit F2 vide : plus de meubles, plus de frigos,
pas un centime laissé pour des courses.
Elle appelle les services sociaux de la ville. Le directeur est un type
bien : il lui trouve un studio, des meubles, de quoi remplir le frigo…
Le vital est assuré. Elle bénéficie d’une mesure d’accompagnement en
milieu ouvert, elle est suivie grâce à ce dispositif par un éducateur spécialisé
qui va jouer un rôle de tuteur, être un repère, va l’accompagner pour devenir
autonome, faire face aux contraintes de la vie quotidienne et lui éviter ainsi
un placement en foyer.
Dans la foulée, on lui trouve un travail dans un restaurant maghrébin
comme apprentie : « J’ai épluché les légumes, fait la plonge, le ménage… »
Le passage quotidien de l’éducateur, le travail ont structuré sa vie, l’ont
canalisé. Cette ritualisation l’a sauvé.
À 15 ans, cela démontre une force de caractère et une volonté à toute
épreuve.
Elle va chercher et trouver ailleurs le réconfort, la chaleur humaine qui
lui manque ; elle va se fabriquer, s’inventer, une famille de substitution.
Elle trouve refuge auprès de la communauté gitane établie près de son
quartier. Ces gens du voyage vont l’accueillir et vont faire office de famille
symbolique. Elle s’identifie à eux d’autant plus facilement que leur mode
de vie lui rappelle l’époque pas si lointaine de son enfance chez sa grand-
mère. Une vie en marge, dure, sommaire, mais une vie où la communauté
est sacrée et où les individus sont soudés. Elle aussi a fait des conneries :
elle a assisté à des braquages, des vols à main armée…
Du fait de la situation familiale (mère isolée, handicapée), un éducateur
spécialisé veillait sur elle. Ce fut sa chance : il avait de l’expérience, il
croyait en elle, il était autoritaire, mais juste.
Il devint son tuteur, grâce à lui, elle s’en sortit, se réfugiant dans le
travail, le sport. Pendant 10 ans (de l’âge de 12 ans à 22 ans), il l’a soutenue,
défendue, protégée. Il s’appelait Jean.













